Des outils d’aide à la décision pour améliorer la qualité de l’air

Lancé en octobre dernier pour une durée de quatre ans, le projet RI-URBANS vise à renforcer les synergies entre les réseaux de surveillance de la qualité de l’air en Europe et les infrastructures de recherche du domaine des sciences de l’atmosphère. IMT Nord Europe est partenaire de ce projet financé à hauteur de 8 M€ par l’UE. Entretien avec Stéphane Sauvage, chercheur, et Thérèse Salameh, ingénieure R&D.

Le projet européen RI-URBANS[1] a été soumis en réponse à l’appel d’offre sur les infrastructures de recherche (IR) capables de relever les défis du Pacte vert pour l’Europe (Green deal). De quoi s’agit-il ?

Stéphane Sauvage L’Union européenne entend jouer un rôle de chef de file au niveau mondial dans la lutte contre le changement climatique. Dans une communication en date du 14 juillet 2021, les 27 États membres se déclarent résolus à faire de l’UE le premier continent neutre pour le climat d’ici à 2050. Pour y parvenir, ils se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’au moins 55 % d’ici à 2030, par rapport aux niveaux de 1990, et à mettre en œuvre une série d’actions concernant le climat, l’énergie, l’agriculture, l’industrie, l’environnement et les océans… En particulier, le Pacte vert vise à protéger notre biodiversité et nos écosystèmes, à passer à l’économie circulaire ou encore à réduire la pollution de l’air, de l’eau et du sol. C’est dans cette action de réduction de la pollution de l’air que s’inscrit RI-URBANS.

Quel est l’objectif de RI-URBANS ?

S.S. Avec ce projet, l’idée est de mettre en relation les IR ACTRIS, ICOS et IAGOS – combinant des plateformes d’observation et d’exploration, fixes ou mobiles, des centres de calibration et des centres de données – avec les acteurs locaux : agences de surveillance de la qualité de l’air, décideurs politiques ou encore acteurs régionaux. Il s’agit de leur fournir des données à valeur ajoutée et de développer des outils innovants qui leur permettront de mieux évaluer l’impact sanitaire, d’identifier les sources de pollution en temps réel et de prévoir la pollution atmosphérique, afin d’aider à la décision pour améliorer la qualité de l’air.

Comment ces outils vont-ils être développés ?

S.S. RI-URBANS se concentre sur l’exposition humaine aux particules fines. Notre tâche consiste avant tout à mieux connaître les aérosols et leurs précurseurs présents dans l’atmosphère et qui influent sur la santé et le climat. Ces polluants sont complexes et leur processus de formation ainsi que leur impact parfois difficiles à expliquer. Pour savoir sur quoi agir, nous devons rendre les données recueillies concernant ces variables, accessibles, interopérables et réutilisables, et proposer des services et des outils d’aide à la décision.

Afin de tester ces services, une phase pilote se déroulera dans neuf villes européennes (Athènes, Barcelone, Birmingham, Bucarest, Helsinki, Milan, Paris, Rotterdam-Amsterdam, Zurich). Identifiées comme hotsposts (points chauds) industriels, portuaires, aéroportuaires et routiers, ces villes présentent des niveaux significatifs de pollution et disposent déjà de réseaux de surveillance de la qualité de l’air, et de composantes d’infrastructures de recherche. À Paris par exemple, le SIRTA, observatoire de recherche atmosphérique, et composante d’ACTRIS, est l’un des sites phares en Europe offrant l’instrumentation, les installations, et les capacités d’accueil nécessaires pour étudier les processus physico-chimiques atmosphériques.

Quelle expertise apportent les chercheurs d’IMT Nord Europe ?

Thérèse Salameh Les équipes de recherche d’IMT Nord Europe disposent d’une expertise reconnue au niveau international dans le domaine des gaz traces réactifs, qui peuvent conduire à la formation de composés secondaires comme l’ozone ou des aérosols organiques secondaires. La participation d’IMT Nord Europe dans ce projet est en lien avec son implication significative dans l’IR ACTRIS (Aerosol, Clouds, and Trace gases Research InfraStructure) en tant qu’unité du centre thématique européen pour la mesure des gaz traces réactifs in-situ. ACTRIS est une IR distribuée regroupant des laboratoires d’excellence et des plateformes d’observation et d’exploration, en support des recherches sur le climat et la qualité de l’air. Elle permet d’améliorer la compréhension de l’évolution passée, présente et future de la composition atmosphérique et des processus physico-chimiques qui contribuent à la variabilité climatique à l’échelle régionale.

Qui sont les partenaires de RI-URBANS?

T.S. Le projet réunit 28 institutions (universités et organismes de recherche) de 14 pays différents. Le CNRS, l’INERIS et l’IMT sont les trois partenaires français. En ce qui concerne ce projet, les chercheurs d’IMT Nord Europe collaborent plus particulièrement avec l’EMPA, un laboratoire suisse de recherche interdisciplinaire, le PSI (Paul Scherrer Institute), le CISC (Spanish National Research Council), et l’INERIS.

Le projet vient d’être lancé, quelle est la prochaine étape pour IMT Nord Europe ?

T.S. Dans les mois qui viennent, nous allons procéder à un état des lieux en recensant les données d’observation sur les gaz traces réactifs dont disposent potentiellement les grandes villes européennes. Nous devrons ensuite évaluer la qualité et la pertinence des informations recueillies, et les exploiter afin de travailler à la stratégie d’identification des sources d’émission de polluants dans plusieurs villes européennes.

[1] Ce projet est financé par Horizon 2020, le programme-cadre de l’Union européenne pour la recherche et l’innovation (H2020), dans le cadre de la convention de subvention N° 101036245. Il est coordonné conjointement par le CSIC (Espagne) et l’université d’Helsinki (Finlande). En savoir +

Propos recueillis par Véronique Charlet

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