Gestion des déchets : décentraliser pour mieux gérer

Afin de réduire les impacts environnementaux des déchets et favoriser leur réutilisation, il est nécessaire de repenser leur gestion. Cela implique de modéliser des circuits à l’échelle du territoire, et d’améliorer la collaboration des acteurs publics et privés.

La gestion territoriale des déchets est un des aspects fondamentaux de l’économie circulaire. Audrey Tanguy1, chercheuse à Mines Saint-Étienne, réalise une partie de ses travaux sur ce sujet. Elle se concentre sur la mise au point d’approches qui permettent de gérer les déchets de manière optimale en fonction de leur nature et des caractéristiques des territoires. « Le principe est de caractériser les ressources renouvelables et locales afin de définir comment elles peuvent être traitées directement sur le territoire », explique Audrey Tanguy. Par exemple, les déchets organiques doivent être traités avec les circuits les plus courts possible car ils se dégradent rapidement. Les approches actuelles tendent à centraliser un maximum les déchets afin de les traiter, tandis que les approches circulaires tendent vers plus de circuits locaux, décentralisés. La décentralisation peut être appuyée par des technologies low tech, optimisant le recyclage local ou le compostage dans le cas des déchets organiques, et notamment dans le milieu urbain.

Les recherches associées au traitement des déchets visent donc à trouver des manières de relocaliser les flux. Les outils de modélisation peuvent aider à spatialiser ces flux pour ensuite aiguiller les décideurs sur la manière de s’insérer dans les filières locales. « Les outils traditionnels d’évaluation d’impact du traitement des déchets évaluent des systèmes industriels centralisés, et il s’agit donc de les régionaliser », explique Audrey Tanguy. Les outils doivent prendre en compte la répartition territoriale des ressources, réutilisables ou non, c’est-à-dire de déterminer quels sont les principaux flux qui peuvent être engagés pour récupérer et transformer des matières. « Il s’agit donc d’utiliser une méthode adéquate pour prioriser les collectes de matières, et pour cela il est nécessaire de faire l’inventaire des flux d’émission et de consommation sur le territoire », souligne la chercheuse.

Implémentation des stratégies sur les territoires

Afin de mettre en place des stratégies d’économie circulaire à l’échelle des territoires, la collaboration des différents types d’acteurs locaux est fondamentale. Au-delà des outils, les chercheurs et les structures en place ont aussi un rôle d’accompagnement pour aider les décideurs à mener des investigations plus approfondies sur les différentes activités présentes dans le territoire choisi. Cela permet de définir des stratégies de collaboration où certains acteurs centraux dynamisent les autres acteurs. Par exemple, des associations d’entreprises ou des syndicats mixtes locaux permettent de promouvoir des politiques qui appuient les stratégies industrielles. Un bon exemple est l’implication de l’association Macéo, en partenariat avec Mines Saint-Étienne, dans l’implémentation de stratégies pour le recyclage et la valorisation des déchets plastiques dans le Massif Central. Elle agit comme un acteur central au niveau de ce territoire et coordonne les différentes actions grâce à la mise en place de projets collaboratifs entre les entreprises et les collectivités.

Les outils donnent aussi accès à des données quantitatives sur l’intérêt des échanges potentiels entre les entreprises, et leur permettre de comparer différents scénarios basés sur des échanges. Cela peut s’appliquer sur des aspects de mutualisation des transports, des fournisseurs ou des infrastructures. Même si ces stratégies ne touchent pas au cœur des productions industrielles, elles amorcent des stratégies futures de plus grande envergure en établissant de la confiance entre différents acteurs.

Réindustrialisation des territoires

« Nous partons sur l’hypothèse qu’afin de réduire nos impacts, une des stratégies à mettre en place consiste à procéder à une réindustrialisation des territoires afin de privilégier les circuits courts », explique Natacha Gondran1, chercheuse en évaluation environnementale à Mines Saint-Étienne. « Cela peut passer par des compromis, comme d’accepter parfois certaines dégradations locales des impacts mesurés, en contrepartie d’une réduction plus importante de l’impact général », poursuit la chercheuse.

Réindustrialiser les territoires favoriserait donc la mise en place des dynamiques circulaires. La collaboration entre différents acteurs à l’échelle locale apporterait ainsi des réponses appropriées aux enjeux planétaires concernant la pression sur les ressources et les émissions liées aux activités humaines. « Cela fait partie des stratégies à mettre en place pour l’avenir, mais il est également important de repenser notre rapport à la consommation afin de la réduire et de se placer dans une optique de sobriété », conclut Natacha Gondran.

1 Audrey Tanguy et Natacha Gondran effectuent leurs recherches dans le cadre du laboratoire Environnement, Ville, Société, unité mixte de recherche CNRS rassemblant 7 composantes dont Mines Saint-Étienne.

Antonin Counillon

Cet article fait partie d’une mini-série de 2 épisodes sur l’économie circulaire.
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