Des outils d’aide à la décision dans la gestion des accidents maritimes

Photo : David Mark, Pixabay

Le projet européen MANIFESTS, lancé en janvier dernier pour une durée de deux ans, réunit un consortium de neuf instituts de recherche et administrations aux expertises complémentaires dans la gestion des accidents maritimes. Financé par la Commission européenne, ce projet a pour objectif d’améliorer la réponse aux urgences liées à ces accidents. Entretien avec Laurent Aprin, chercheur à IMT Mines Alès, partenaire du projet.

Dans quel contexte le projet MANIFESTS a-t-il vu le jour ?

Laurent Aprin –Le projet MANIFESTS (MANaging risks and Impacts From Evaporating and gaseous Substances To population Safety) fait suite au projet européen HNS-MS financé de 2015 à 2017 par la Direction générale pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire européennes de la Commission européenne (DG-ECHO). Ce projet visait à étudier et à modéliser les conséquences des déversements de produits chimiques en mer et à déterminer la vulnérabilité de l’environnement, des personnes et des biens en fonction des produits déversés. Nous avons souhaité poursuivre nos travaux en élargissant le consortium et en abordant des questions soumises par les différentes parties prenantes lors de la réunion de fin de projet, notamment la question des conséquences liées aux produits évaporants susceptibles de former des nuages toxiques, inflammables voire explosifs.

Quel est l’objectif de MANIFESTS ?

LA ­– Répondre aux accidents maritimes peut être particulièrement difficile lorsqu’il s’agit de substances dangereuses et nocives (HNS : Hazard and Noxious Substances) qui se comportent comme des gaz ou des évaporateurs. En raison de leur potentiel à former des nuages toxiques ou combustibles, des décisions fondées sur des éléments tangibles sont nécessaires pour protéger l’équipage, les intervenants, la population côtière et l’environnement. Cependant, lorsqu’un accident est déclaré, les informations clés pour évaluer les risques pour les intervenants ou les équipes de secours ne sont pas toujours disponibles. Autoriser un navire présentant un risque à accoster dans un lieu refuge par manque de connaissances et de données pourrait alors avoir un impact important sur les communautés côtières. L’objectif de MANIFESTS est de répondre à ces incertitudes et d’améliorer les capacités de réaction avec des outils d’aide à la décision et des directives opérationnelles novateurs et innovants. Comment ? En facilitant l’accès aux connaissances et bases de données, toutes hébergées dans une plateforme Web open source dédiée, accessible aux planificateurs et aux intervenants.

Comment allez-vous y parvenir ?

LA – Le projet MANIFESTS est découpé en quatre activités (workpackage, WP) soutenues par deux activités transverses, la gestion de projet (WP1) et la communication sur le projet (WP6). Le travail technique comprend la production de nouvelles données et de connaissances sur les gaz et les produits évaporants pouvant être libérés lors d’un accident maritime. Ces informations seront obtenues grâce à l’acquisition de connaissances issues de la littérature et de données expérimentales (WP2). Le WP3 concerne le développement de méthodes pour l’évaluation et la gestion des risques et le test des outils de réponse à travers des essais sur ordinateur et sur le terrain. Le développement et l’amélioration des outils de modélisation du comportement des HNS et le développement du système d’aide à la décision MANIFESTS seront réalisés dans le WP4. Ce WP comporte le développement de nouveaux outils issus des WP décrits ci-dessus et la mise à niveau des modèles développés dans les projets HNS-MS et MARINER existants (WP5).

Quelle expertise scientifique apportent les chercheurs d’IMT Mines Alès ?

LA – Les chercheurs d’IMT Mines Alès[1] sont impliqués majoritairement dans deux WP :

  • Le WP2 : amélioration des connaissances et des données sur les gaz et les produits évaporants dont IMT Mines Alès est le coordonnateur. Cette tâche vise à caractériser et évaluer théoriquement et expérimentalement le comportement et les impacts des HNS lorsqu’elles sont rejetées en mer, avec un accent particulier sur un rejet de substances volatiles pouvant induire la formation d’un nuage de gaz potentiellement toxique, inflammable et ou explosif.
  • Le WP6 : stratégie de diffusion, capitalisation et visibilité, et plus particulièrement dans le développement d’une preuve de concept (proof of concept, PoC) d’un serious game pour la formation des intervenants d’urgence et planificateurs impliqués dans la gestion d’un événement de pollution marine. À l’aide d’un scénario immersif, cette simulation de crise permettra de tester la mise en œuvre des plans, la capacité de la cellule d’intervention à remplir ses missions (y compris l’adaptation lors d’un scénario en évolution dynamique) et de prendre des décisions défendables dans des conditions réalistes et éprouvantes.

Qui sont vos partenaires dans ce projet et comment travaillez-vous ensemble ?

LA – Coordonné par le Cedre (France)[2], le consortium du projet implique 9 instituts de recherche et administrations de 6 pays (France, Belgique, Royaume-Uni, Norvège, Espagne, Portugal) avec une expertise solide et complémentaire : ARMINES/IMT Mines Alès (France), Royal Belgium Institute of Natural Science (RBINS, Belgique), Instituto Tecnológico para el Control del Medio Marino de Galicia (INTECMAR, Espagne), Centro tecnologico del mar/Fundacion CETMAR (Espagne), Instituto superior tecnico (Portugal), Department of Health (UK), Meteorologisk Institutt (Norvège) et Service public fédéral santé publique, sécurité de la chaine alimentaire et Environnement (Belgique). Ils interviennent dans tous les aspects de la pollution marine traités par le projet : analyse chimique, modélisation de la pollution, développement d’outils d’aide à la décision, évaluation et gestion des risques, formations et exercices, transfert de connaissances. De plus, MANIFESTS bénéficiera de la collaboration d’un comité consultatif comprenant 6 autorités maritimes nationales qui seront les principaux utilisateurs finaux des résultats du projet, dont la Marine nationale, le CEPPOL (Centre d’Expertise Pratiques de lutte antipollution) et la douane pour la France.

Quelles sont les prochaines étapes importantes du projet ?

LA – Le projet MANIFESTS a commencé le 1er janvier 2021 pour une durée de 2 ans. La première phase consiste à réaliser l’étude de l’accidentologie et l’analyse bibliographique sur la modélisation du comportement des produits évaporants en mer. Les prochaines étapes concerneront la réalisation des protocoles expérimentaux pour caractériser les taux d’évaporation des produits et les conséquences liées aux explosions, la programmation des modèles de conséquences (dispersion, incendie et explosion) et la réalisation d’un essai à grande échelle en Atlantique.


[1] L’équipe d’IMT Mines Alès comprend Laurent Aprin, Aurélia Bony-Dandrieux, Philippe Bouillet, Frédéric Heymes, Christian Lopez et Jérôme Tixier.

[2] Laura Cotte, ingénieur, et Stéphane Le Floch, chef du service Recherche, au Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux (Cedre), sont les initiateurs et coordinateurs du projet.

Propos recueillis par Véronique Charlet

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