Exposition aux ondes : comprendre les risques pour mieux s’en prémunir

Avec le déploiement de la 5G, les préoccupations concernant de possibles risques liés aux usages de la téléphonie mobile ont été renforcées. Dans le cadre du projet européen GOLIAT financé à hauteur de 7 M€ par l’Union européenne, Télécom Paris et la chaire C2M participent à la surveillance des niveaux d’exposition aux champs électromagnétiques de certaines populations et à l’identification de potentiels effets sur leur santé. Le projet a été lancé en juin 2022 pour une durée 4 ans. Entretien avec Joe Wiart, titulaire de la chaire C2M.

Pourquoi, alors que des directives visant à limiter l’exposition aux CEM sont déjà appliquées par les États membres, l’Union européenne a-t-elle lancé l’appel à projets « Santé et exposition aux CEM » ?

Joe Wiart – La 5G utilise de nouvelles fréquences et va engendrer de nouveaux usages. Les champs électromagnétiques (CEM) émis par la 5G, les antennes relais et les équipements doivent être conformes aux directives européennes (directive travailleurs, Radio Equipment Directive) et aux limites recommandées par la commission européenne. Afin de garantir la validité de ces limites de protection, celles-ci sont régulièrement réévaluées. Ainsi en 2020, l’ICNIRP (la commission internationale de protection contre les rayonnement ionisant), a adopté de nouvelles recommandations prenant en compte l’avancée des connaissances.

Avec les évolutions d’usage et de technologie, il est important de bien caractériser les niveaux d’exposition aux champs électromagnétiques radiofréquences (RF), de fournir de nouvelles informations sur les effets potentiels neuropsychologiques et biologiques causaux, et de comprendre la perception et la communication des risques en utilisant une approche paneuropéenne transdisciplinaire.

Dans le cadre de GOLIAT, sur quelles populations porteront les études et avec quels objectifs ?

JW – Les études vont porter sur les travailleurs et la population générale, avec une attention particulière aux enfants. L’objectif est de bien évaluer les expositions aux ondes RF et de maitriser ces expositions et leurs évolutions en fonction des évolutions technologiques telles que la 5G et les antennes à faisceaux directifs, et de l’utilisation des fréquences millimétriques. GOLIAT va caractériser et surveiller les modèles et les niveaux d’exposition aux CEM chez les jeunes et les travailleurs, dans le contexte du déploiement des réseaux de radiocommunication de nouvelle génération. GOLIAT va analyser l’exposition aux ondes RF et les effets neuropsychologiques potentiels sur la fonction cognitive, la santé mentale et le sommeil chez les jeunes et les travailleurs. Le projet va identifier les effets biologiques et neuropsychologiques potentiels de l’exposition aux ondes électromagnétiques de la 5G sur la fonction cérébrale, la thermorégulation et le stress induit sur l’organisme, par le biais d’expériences in vitro, in vivo, chez l’homme, et par la simulation numérique (in silico), en utilisant une approche intégrative.

Déjà impliqués dans le projet SEAWave, les chercheurs de Télécom Paris apportent leur contribution scientifique à GOLIAT. De quelle nature est-elle ?

JW – La contribution des chercheurs de Télécom Paris dans ces projets va principalement concerner les travaux relatifs à la collecte et la modélisation des expositions. Pour cela, nous allons étudier les apports et les limites de l’intelligence artificielle dans l’évaluation des expositions. Nous allons collecter des données expérimentales (via les réseaux de capteurs, les drive tests et les mobiles), des données ouvertes relatives aux architectures des réseaux (par ex. la localisation, le plan de fréquence), et étudier la reconstruction spatio-temporelle des cartes d’exposition.

Qui sont les partenaires engagés dans le projet GOLIAT ?

JW – GOLIAT est porté par ISGlobal (Institute for Global Health, Barcelone, Espagne). Monica Guxens, professeur, médecin spécialisée en santé publique et en médecine préventive, en est la responsable. Les 21 autres partenaires sont répartis dans 11 pays d’Europe (Autriche, Belgique, Espagne, France, Grande-Bretagne, Hongrie, Italie, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Suisse) et aux États-Unis (liste complète des partenaires ci-dessous).

À terme, quelles sont les solutions envisagées pour prévenir les risques d’une trop grande exposition aux CEM ?

JW – La question n’est pas tant de développer des solutions pour prévenir les risques d’une trop grande exposition aux CEM, car les expositions sont très en dessous des limites, mais de donner à chacun les moyens de comprendre et de réduire son exposition s’il le désire. Les études de GOLIAT vont porter sur les moyens efficaces de réduire l’exposition. Ceux-ci sont importants non seulement en termes de réduction de la dose et des risques potentiels pour la santé associés, mais également parce qu’ils constituent une voie vers une acceptation plus large des technologies capables d’apporter une gamme d’avantages sociétaux.

Les partenaires de GOLIAT :

  • Autriche : University of Vienna (UNIVIE) ;
  • Belgique : Ghent University (UGent) ;
  • Espagne : Barcelona Institute for Global Health (ISGlobal), Science for Change (SfC) ;
  • France : Télécom Paris (TP), Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), National Institute of Industrial Environment and Risks (INERIS) ;
  • Grande-Bretagne : University of Bristol (UNIVBRIS), University of Exeter Medical School (UNEXE) ;
  • Hongrie : National Public Health Center (NPHC), University of Pécs (UP) ;
  • Italie : Consiglio Nazionale delle Ricerche (CNR), Università degli Studi di Torino (UNITO), University La Sapienza (UNIROMA1), University of Bologna (UNIBO) ;
  • Norvège : Norwegian University of Life Sciences (NMBU) ;
  • Pays-Bas : Academisch Medisch Centrum (AMC) ;
  • Pologne : Nofer Institute of Occupational Medicine (NIOM) ;
  • Suisse : Swiss Tropical and Public Health Institute (SwissTPH) ;
  • USA : Massachusetts General Hospital (MGH), Harvard School of Public Health (HSPH), University of Michigan (UMich).

Propos recueillis par Véronique Charlet

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