Anne-Sophie Taillandier : nouvelle élue à l’Académie des technologies

Directrice de Teralab, la plateforme Big Data & IA de l’IMT, depuis 2015, Anne-Sophie Taillandier a été élue membre de l’Académie des technologies en mars 2022. Cette élection récompense son travail de développement des projets sur les données et l’intelligence artificielle à l’échelle nationale et européenne.

Élue à l’Académie des technologies, Anne-Sophie Taillandier est depuis sept ans directrice de Teralab, une plateforme créée en 2012 par l’IMT et spécialisée dans le big data et l’intelligence artificielle. Si Anne-Sophie Taillandier s’est orientée vers une activité professionnelle scientifique, c’est parce qu’elle a « toujours trouvé que les mathématiques étaient ludiques », déclare-elle. « Cela m’a poussée à faire des études scientifiques, d’abord dans une école d’ingénieur, à CentraleSupelec, puis à réaliser une thèse en mathématiques appliquées à l’ENS, que j’ai soutenue en 1998 », ajoute-t-elle.

Une fois sa thèse en intelligence artificielle terminée, elle intègre Dassault Systèmes. « Après ma thèse, j’avais envie de voir une application immédiate des choses, je suis rentrée chez Dassault Systèmes où j’ai occupé différents postes », déclare Anne-Sophie Taillandier. Au cours des dix années passées dans la célèbre entreprise, elle a contribué au développement de logiciels de modélisation, travaillé aux ressources humaines et dirigé le département recherche et développement du brand Simulia. En 2008, elle s’oriente vers une société de sécurité informatique, puis devient en 2012 directrice de la technologie chez LTU Technologies, une entreprise d’édition de logiciels en reconnaissance d’images jusqu’en 2015, année où elle prend la direction de Teralab à l’IMT.

« C’est la possibilité de travailler sur des domaines très variés tout en s’intéressant aux données, au machine learning et à ses applications qui m’a incitée à rejoindre Teralab », témoigne Anne-Sophie Taillandier. Le fait de travailler avec des entreprises diverses nécessite de « comprendre un métier pour saisir le sens des données que nous manipulons ». Pour la directrice de Teralab, cette expérience fait écho à sa thèse durant laquelle elle devait comprendre la signification des données fournies par les ingénieurs automobiles afin de les manipuler pertinemment.

Communiquer et expliquer

Au cours de sa carrière, Anne-Sophie Taillandier s’est rendu compte « qu’il y avait des barrières de langages, qu’il y avait parfois des difficultés à se comprendre ». Ces problèmes, elle y porte un intérêt certain. « J’ai toujours trouvé intéressant de faire de la pédagogie pour expliquer nos travaux, d’essayer de cacher la complexité informatique et mathématique par un langage facile », déclare la directrice de Teralab. « Depuis son origine, Teralab vise à rendre facile l’utilisation de technologies sophistiquées, et à comprendre les métiers des personnes qui détiennent les données », indique-t-elle.

Teralab se positionne comme un intermédiaire entre les entreprises et les chercheurs pour qu’ils puissent se comprendre et coopérer. Dans ce projet, il est nécessaire de faire travailler ensemble des disciplines différentes. Un travail de veille technologique est aussi important pour être à l’état de l’art des dernières innovations, celles-ci pouvant être plus adaptées aux besoins d’un client. Par ailleurs Teralab a vu de nouvelles problématiques s’offrir à elle durant ses huit ans d’existence.

« Nous nous sommes rendu compte que les utilisateurs qui venaient nous voir au début souhaitaient travailler sur leurs propres données, alors qu’aujourd’hui ils souhaitent travailler en écosystème permettant la circulation de leurs données. Se posent alors à eux des problèmes de contrôle d’usages autour de leurs données, d’architectures et de standards d’échanges », pointe Anne-Sophie Taillandier. La mise en commun des données détenues par différentes sociétés pose des enjeux de confidentialité, celles-ci pouvant être en concurrence sur certains points.  

Une reconnaissance européenne

« Sur TeraLab nous nous sommes interrogés sur le partage des données entre les entreprises, ce qui nous a notamment conduits vers l’initiative Gaia-X ». Dans cette association européenne, Teralab et d’autres sociétés participent au développement de services permettant la création d’une fédération de cloud. Celle-ci est essentielle comme base pour permettre la circulation des données, de l’interopérabilité, ou encore éviter l’enfermement des entreprises dans des solutions de cloud. L’indépendance technologique européenne passe par ce type de règlementation et de standards. Non seulement les entreprises pourraient protéger leurs assets digitaux et faire des choix éclairés, mais elles pourraient partager des informations entre elles avec leurs conditions adaptées au niveau de sensibilité de leurs données.

Dans l’élaboration des services fédérés de Gaia-X et la création des espaces de données, Teralab amène ses moyens technologiques et humains pour valider des architectures, prototyper de nouveaux services sur les espaces de données sectoriels, et construire cette couche logicielle open source essentielle à cette émergence. « Si EDF ou une autre infrastructure critique, par exemple bancaire, veut pouvoir amener des données sensibles dans ces espaces de données, elles ont besoin de garanties aussi techniques que juridiques. »

Teralab n’a, depuis la fin du financement public dont elle bénéficiait jusqu’en 2018, cessé de se développer notamment au niveau européen. « Nous avons actuellement un projet européen sur des données de santé, sur des maladies cardiovasculaires », déclare la directrice de Teralab. L’objectif étant que des chercheurs de pays européens qui ont besoin de données sur ces maladies puissent mener des travaux de recherches via un DataHub — un espace de mise en commun de données. À l’avenir l’objectif de Teralab serait de poursuivre ses travaux dans la fédération de clouds et de « devenir une plateforme de référence pour la création d’écosystèmes numériques », envisage Anne-Sophie Taillandier.

Rémy Fauvel

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