Faire confiance, au temps du numérique

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aire confiance ». Alors que les rapports sociaux semblent se tendre et les repères hérités de la société industrielle disparaître, alors que le numérique constitue un des principaux facteurs de cette transformation des sociétés modernes, « faire confiance » est un mantra que peu de responsables politiques ou d’experts pourraient prétendre revendiquer. Et pourtant, le déploiement de la société de l’information depuis 30ans a permis la constitution d’avancées aussi majeures pour le progrès que l’encyclopédie Wikipédia, bâtie par des milliers d’anonymes sans lien personnel entre eux, de nouvelles technologies fondées sur un consensus scientifique global ou le développement d’outils informatiques ouverts, au service de tous.

La confiance dans le monde numérique est une notion mal définie, dans laquelle des intérêts divers se retrouvent, selon que l’on parle de technologies, de contenus ou de contributeurs. Dans de nombreux cas, c’est avant tout une question de règles, de procédures et de standards acceptables par tous et dont le respect conditionne un engagement sincère et sécurisé par chacun. Ces règles sont parfois facilitées par les technologies comme le chiffrement asymétrique, et reposent, dans d’autres cas, sur la pratique des organisations et des individus. Ainsi, à la fin du XXe siècle, alors que la « netiquette » prétendait transposer les standards de la cordialité sociale au monde numérique, ces dernières années ont plutôt mis en lumière les abus, la haine en ligne et le complotisme dans un mouvement de relativisation générale de la vérité par la magie de l’accès instantané, démontrant ainsi la fragilité des mécanismes de confiance dans le numérique.

C’est bien toute l’ambivalence des effets du numérique qui s’exprime à nouveau à travers ce sujet polysémique. Il semble aujourd’hui pertinent de revenir sur les dynamiques qui contribuent ou, au contraire, nuisent à l’émergence d’un numérique de confiance. Avant de plonger dans les dernières technologies ou les régulations qui cherchent à répondre aux défis actuels, il est utile de revenir sur les ressorts de la confiance en s’intéressant au regard que porte la psychologie sur ce sujet ou bien à l’importance de la procédure dans le système judiciaire. Ces points de vue illustrent notamment deux dimensions cardinales de toute relation de confiance : la stabilité et la transparence. En effet, la confiance dans le numérique repose, d’abord, sur une construction patiente, qui se renforce avec le temps et qu’aucune action sur le court terme, aussi décidée et légitime qu’elle soit, ne peut concurrencer. Elle dépend, ensuite, de la visibilité donnée sur le processus, l’algorithme ou l’entité qui prétend la gagner: que ce soit pour les SI (systèmes d’information) de l’État, les réseaux sociaux ou un algorithme de chiffrement, l’opacité n’a jamais pu constituer une approche durable.

Ce numéro de Enjeux numériques souhaite ainsi explorer les différentes approches proposées aujourd’hui pour renouer le lien de confiance entre usagers, entreprises et institutions en commençant par les approches technologiques, mises en regard des évolutions réglementaires et du rôle des institutions []

Extrait de l’introduction de Côme Berbain, directeur de l’innovation du groupe RATP et directeur du programme « Véhicule autonome », et de Bertrand Pailhès, directeur des technologies et de l’innovation de la CNIL, coordonnateurs du numéro 13 de la série « Enjeux numériques » des Annales des Mines.

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Faire confiance, au temps du numérique
Sous la direction de Côme Berbain et Bertrand Pailhès
Annales des Mines
Série « Enjeux numériques »
N°13 – Mars 2021

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